Hervé Juvin : le message de la crise (Transitions numéro 3)

Auteur : • Publié le 22 juin 2010 à 9:44 • Catégorie : Articles de la revue "Transitions"

Crise – ou métamorphose ? Selon vous, que se passe-t-il en réalité ?

Hervé Juvin

Pour faire un clin d’œil à l’actualité, ce serait une grosse erreur de penser que nous sommes devant une grippe qui va passer avec quelques remèdes. Nous ne sommes pas devant une crise résultant de l’introduction d’un virus extérieur dans le système, nous sommes devant une crise du système. Et ce système, on peut en évoquer les aspects économiques, financiers, politiques, écologiques ou sociaux, mais c’est surtout l’ensemble des choses auxquelles nous croyons, l’ensemble de nos façons de faire, de nos représentations du monde, de nous-mêmes et des autres, un ensemble qui fait système et qui ne fonctionne plus, que nous devons accepter de réviser. J’ai une conviction : je pense que ce ne sera plus jamais pareil. Nous sommes en train de tourner plusieurs pages et peut-être même un chapitre dans l’histoire de l’humanité.

Au départ de la « crise », on a une affaire très locale – puisque née dans le secteur très banal des prêts immobiliers aux Etats-Unis – mais qui, du fait de la mondialisation des échanges financiers, devient le séisme mondial que l’on sait et dont on n’a pas encore vu tous les effets. On peut faire ici une première constatation, c’est que nous avons créé un monde où tout se tient et on peut évoquer quatre aspects que je crois fondamentaux de ce monde qui est en train de s’abîmer.

Vous connaissez les travaux de René Girard sur le « désir mimétique ». Le premier élément de la crise que j’aimerais souligner, c’est celui d’un désir qui est devenu unique et commun à la surface de la Terre : le désir de tous les peuples ou presque de vivre comme nous Occidentaux. Nous avons érigé en modèle une façon de vivre qui est devenue le repère et l’aspiration de milliards d’être humains. Une façon de vivre qui s’impose comme celle qu’il faut avoir – au détriment de toute autre qui sera jugée arriérée ou stupide – mais qui, généralisée à l’échelle de la planète n’est pas viable. Pour donner une illustration de cette contradiction, on peut prendre l’exemple de la voiture. On sait que l’espèce humaine ne survivra pas aux deux milliards d’automobiles qu’on pourrait avoir en 2020 en Chine et en Inde si ces pays ne renoncent pas à nous imiter : soit on mange, soit on respire, soit on roule en automobile.

Ce que nous sommes en train de découvrir, c’est que nous vivons dans un monde fini. Non seulement, comme l’avait dit Paul Valéry, un monde fini dans l’espace parce qu’il n’y a plus de « Far West » à conquérir, mais surtout un monde fini dans le temps, parce que, si nous continuons comme nous le faisons depuis deux siècles – depuis la première révolution industrielle – nous irons dans le mur.

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ThierryGr

est cofondateur et président de l'association "The Co-Evolution Project".
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